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February 7, 2022

Reporters et scientifiques offrent des clés pour améliorer la couverture du COVID-19 lors d’un webinaire international organisé par le Knight Center, l’UNESCO et l’OMS

Écouté dans 85 pays, un groupe de journalistes scientifiques, chercheur·se·s, et autres expert·e·s de haut niveau ont partagé leurs conseils pour mieux couvrir la pandémie du COVID-19 et lutter contre la désinformation autour des vaccins, variants et traitements.

Le webinaire “Variants, vaccins et traitements : ce que les journalistes doivent savoir pour améliorer leur couverture du COVID-19″, a été organisé par le Knight Center for Journalism in the Americas et tenu en partenariat avec lUNESCO, avec le financement de lOMS et du Programme multi-donateurs pour la liberté d’expression et la sécurité des journalistes de lUNESCO. Il a été diffusé en direct le jeudi 27 janvier sur Zoom et YouTube.

La diffusion sur Zoom, en anglais avec une interprétation simultanée en 4 autres langues, a été suivie par 770 participant·e·s dans 85 pays.

The three panels of the webinar were moderated by Deborah Blum, director of the Knight Program in Science Journalism at MIT (upper left). (Photo: Screenshot)
Les trois tables rondes étaient animées par Deborah Blum, directrice du Knight Program in Science Journalism du MIT (en haut à gauche). (Photo: capture d’écran)

Les vidéos du webinaire sont disponibles sur la chaîne YouTube du Knight Center en anglais, arabe, espagnol, français, et portugais. Toutes les informations sur l’événement, le programme et les profils des intervenants, sont également disponibles en anglais, arabe, espagnol, français, et portugais sur le site JournalismCourses.org du Knight Center.

Les trois tables rondes ont été animées par Deborah Blum, directrice du Knight Program in Science Journalism du Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Lors de la session d’ouverture, Gabby Stern, directrice de la communication de l’OMS, soulève une série de questions qu’elle se serait elle-même posées si elle avait été reporter aujourd’hui, et a encouragé les journalistes chargé·e·s de couvrir la pandémie à y réfléchir :  

1. Ce sujet mérite-t-il d’être suivi et publié tout de suite ? Est-ce que je me précipite pour ajouter des signatures à mon palmarès, et/ou parce que d’autres médias ont déjà couvert le sujet et que je souhaite (ou mes rédac-chefs veulent) les égaler ?

2. Suis-je à la recherche d’un type spécifique de conflit ou d’échec ? Est-ce que j’aborde le sujet avec les yeux et l’esprit grand ouverts à ce que l’enquête m’apportera, ou non ?

3. La situation que je souhaite couvrir est-elle réelle et importante, ou est-ce que j’épouse l’angle de ma (ou mes) source(s) — qui sont peut-être de mauvaise foi, ou m’utilise(nt) pour gêner ou nuire aux personnes que je couvre ?

4. Est-ce que je comprends réellement les dynamiques de pouvoir et les structures incitatives qui sont à l’oeuvre – qu’il s’agisse de mon propre rôle et de ma relation avec mes sources, ou des relations entre les personnes que je couvre ?

5. Ai-je eu assez de temps et de réflexion pour comprendre les personnes que je couvre — au delà de leurs déclarations publiques et autres contenus faciles d’accès ?

6. Ai-je fait le travail nécessaire pour accéder aux coulisses, comprendre ce qui se joue dans les salles de réunion et hors des projecteurs, pour comprendre “who’s zooming who,selon l’expression d’Aretha Franklin ?

7. Ai-je consacré le temps nécessaire à la compréhension des structures de gouvernance, des autorités légales, des influences et contraintes qui outillent ou entravent les personnes et institutions impliquées ?

Trop peu de reporters se posent ces questions quand ils ou elles couvrent la pandémie et les questions politiques, ce qui les mène à des sujets qui paraissent ‘cool’ ou font le ‘buzz’, mais sont en fait des petits scoops de bas étage. Cela peut alors mener d’autres reporters à suivre des pistes mineures, voire nuisibles, au lieu d’apporter des contributions vraiment utiles à notre monde en détresse,” déclare Stern.

Peur, méfiance et désinformation

La première table ronde, “Désinformation & données changeantes” rassemble Davey Alba, reporter au New York Times specialisée dans les questions de désinformation en ligne, aux États-Unis; Mandi Smallhorne, présidente de l’Association des Journalistes Scientifiques d’Afrique du Sud, et vice-présidente de la Fédération Mondiale des Journalistes Scientifiques; Jane Qiu, journaliste scientifique indépendante chinoise pour des médias tels que Nature, The Lancet et National Geographic; et Federico Kukso, auteur et journaliste scientifique indépendant argentin, membre du conseil de la Fédération Mondiale des Journalistes Scientifiques.

Les intervenant·e·s y abordent les dégâts réels—y compris en termes de vies humaines—que la désinformation et les “fake news” ont causés durant la pandémie COVID-19.

La mésinformation autour des vaccins, par exemple, a attisé les peurs de milliers de personnes qui ont choisi de ne pas se faire vacciner.  Il s’agit d’un sujet que les journalistes doivent aborder avec attention pour ne pas contribuer à ces peurs, dit Alba. Elle ajoute que les propos fallacieux qui ont inondé les réseaux sociaux depuis 2020 au sujet du COVID-19 ont eu un impact important sur les décisions des gens.

“On sait que ces choses-là se propagent, qu’elles trouvent leur public, qu’elles atteignent un très grand nombre de personnes. On sait aussi, de manière plus anecdotique, que les personnes qui arrivent à l’hôpital atteintes par le COVID et refusent les vaccins évoquent les mensonges qu’elles voient en ligne,” dit Alba. “Il y a des indices anecdotiques puissants selon lesquels les personnes commencent à croire, au moins en partie, les choses qu’elles croient en ligne, et que c’est un facteur [de décision] concernant la vaccination. Tou·te·s les expert·e·s de la mésinformation auxquel·le·s j’ai parlé sont d’accord là-dessus.”

Selon Mandi Smallhorne, cela est lié à un manque de confiance envers la communauté scientifique. En Afrique, cela vient en grande partie d’actions menées par les gouvernements et entreprises pharmaceutiques, comme par exempler mener des tests de vaccins contre la polio ou le VIH sans en informer le public, ce qui a causé une certaine méfiance envers la science occidentale.

Smallhorne recommande aux journalistes de concentrer leur travail sur les sources de ces peurs et de ce manque de confiance, sur les raisons qui poussent les lecteurs·rices à croire les informations publiées en ligne.

Les journaux d’Amérique Latine recrutent rarement des journalistes scientifiques, explique le journaliste argentin Federico Kukso. (Photo: Capture d’écran)

Ce que j’ai certainement appris durant cette période en tant que journaliste, et ce que nous avons tous à apprendre, c’est de ne pas regarder les gens et dire “oh, vous êtes une bande d’idiots de croire à tout ça,” mais de les observer et demander : Pourquoi croyez-vous ça ? Quel est ce sentiment ? Qu’est-ce qui dans votre histoire, votre parcours, ait que vous soyez révoltés par les savants ? Qu’y-a-t’il dans le parcours des Kényans qui leur ont fait perdre coonfiance en la science médicale ?” dit Smallhorn.

En Amérique Latine, la méfiance et les peurs qui nourrissent la foi accordée aux “fake news” sont liées au fait que la science n’est pas une priorité pour les gouvernements ou les médias, selon Kukso.

A cela s’ajoute le fait que les journaux de la région ne recrutent que rarement des journalistes scientifiques. Ainsi, il n’est pas rare pour les médias de tomber dans ce que Kukso appelle la “hype” : exagérer l’information, ne pas lui donner la dimension juste. C’est ce qui s’est produit en Amérique Latine sur des sujets tels que l’hydroxychloroquine, les vaccins ou les traitements par transfusion de plasma de personnes convalescentes.

“Le mois dernier, lorsque les infections chez les personnes vaccinées ont augmenté en Amérique Latine, beaucoup de personnes ont commencé à dire que les vaccins étaient inefficaces, en grande partie parce que les médias ont eu tendance à décrire les vaccins comme des boucliers qui protègent des vaccins,” dit Kukso.

Il prône la modération, la considération prudente des sources, et d’éviter les exagérations. “Prenez en compte le fait que derrière les communiqués de presse, il y a de grandes entreprises,” dit-il. On veut tous entendre ou lire que tel médicament ou telle thérapie nous permettra d’en finir avec cette pandémie pour de bon. Mais je pense que, au final, [ce genre d’annonce] érode la connfiance des gens en la science.”

La confusion autour des variants

L’un des sujets qui a généré le plus de mésinformation durant la pandémie sont les variants du SARS CoV-2. La seconde table ronde du webinaire, “Mutations & Variants,” rassemble Purvi Parikh, allergologue et immunologue, chez Allergy and Asthma Associates of Murray Hill aux États Unis ; Angela Rasmussen, virologue à la Vaccine and Infectious Disease Organization de l’Université du Saskatchewan, au Canada; ainsi que Kai Kupferschmidt, journaliste pour le magazine Science en Allemagne.

L’objectif de cette table ronde est d’approfondir les connaissances des participants sur les mutations du virus COVID-19, les variants qui apparaissent, et les différences entre ceux-ci.

Les intervenant·e·s s’accordent sur une idée de base à retenir : il est normal pour un virus  à ARN comme le SARS CoV-2 de muter en différents variants. Il n’est pas surprenant que de nouvelles formes du virus continuent à apparaître dans le futur.

Les origines exactes du virus et de ses variants sont toujours inconnues ; les médias doivent doonc être particulièrement prudents sur le choix de leurs mots pour expliquer ce sujet, et ne pas contribuer à la désinformation.

L’argument que la distribution équitable des vaccins permettrait de stopper l’apparition de nouveaux variants est un exemple d’information erronée. Il a été prouvé que la distribution équitable des vaccins réduirait le taux de mortalité due au virus, mais de nouveaux variants ont également émergé dans des pays où les taux de vaccination sont élevés, dit Kupferschmidt.

“Tant qu’on se sait pas comment ces variants évoluent, je pense qu’on dépase les limites en disnt qu’on sait comment éviter les variants. C’est l’un de ces exemples où on raconte des histoires sans comprendre pourquoi,” dit Kupferschmidt. “Parfois cet argument est utiilisé pour défendre l’accès équitable au vaccins et […] ça ne veut pas dire que c’est vrai. Je pense que, sur le long terme, nous perdons beaucoup de crédibilité dans ce genre de débats.”

Panel 2 COVID Webinar
Les intervenant·e·s de la deuxième table ronde ont évoqué les mutations du virus du COVID-19, ses variants, et les différences entre eux. (Photo: Capture d’écran)

Un autre exemple fréquent de message erroné : dire que le variant Omicron est moins dangereux que les précédents. Les personnes vaccinées ont une probablité plus faible d’hospitalisation avec le variant Omicron, mais affirmer que ce variant cause une maladie plus “légère” n’est pas une vérité absolue, dit Parikh.

Même le termelégerme fait grincer des dents. Ce n’est pas le bon mot. Il fait passer le message au grand public que [Omicron] ne doit pas être pris au sérieux,” dit Parikh.

Selon Kupferschmidt, la manière dont les vaccins, leur distribution et leurs caractéristiques sont évoqués affectent le récit public à ce sujet. La résistance à l’immunisation peut avoir des causes différentes, et doit être abordée avec prudence.

Par exemple, il mentionne la manière dont les effets secondaires du vaccin AstraZeneca ont été présentés dans certains pays d’Europe a mené à un récit selon lequel un produit de faible qualité était donné aux pays à faible revenu, alors que l’efficacité de ce vaccin avait été prouvée.

Kupferschmidt estime que les journalistes doivent s’efforcer d’apporter au public des informations de qualité pour éviter la polarisation qui s’est générée autour de ce sujet.

“Nous devons contrer cette polarisation. Je suis inquiet car elle nous empêche d’utiliser les vaccins, et particulièrement le vaccin du coronavirus, de façon optimale, et de les considérer de manière rationnelle,” dit-il.

Traitements et vaccins

Dans la troisième et dernière table ronde, “Vaccins & traitements,” un groupe de journalistes et experts expose le contexte global autour du développement des traitements contre le SARS CoV-2. Les intervenants incluaient Margaret Harris, porte-parole de l’OMS pour le COVID-19 ; Akin Jimoh de Nature Africa, au Nigeria ; Amy Maxmen, reporter senior pour Nature, aux États-Unis; Josh Michaud, directeur adjoint en charge de la santé globale de la Kaiser Family Foundation aux États Unis ; et Mohammed Yahia, directeur exécutif pour Nature Research Middle East en Égypte 

Ce dernier évoque les conséquences de la communication de mauvaise qualité, à la fois par les médias et par les institutions publiques, autour des vaccins COVID-19 en Egypte. Même des membres du corps médical ont exprimé des doutes sur les vaccins et leurs effets secondaires sur les réseaux sociaux, ce qui a alimenté un discours anti-vaccin.

“Cela a mené à une certaine peur au sein de la population, à tel point que lorsque la disponibilité [des] vaccins s’est améliorée, beaucoup de personnes étaient réticentes à se faire vacciner,” dit Yahia. “Historiquement, il n’y avait pas vraiment de mouvement anti-vaccins à proprement parler en Egypte, où la population prend les vaccinations infantiles très au sérieux. Tout le monde se fait vacciner, tout le monde croit en leur efficacité. Tout le monde veut s’assurer d’avoir accès à ces vaccins. Mais pour le vaccin [COVID], c’était différent. Les gens n’ont pas voulu se faire vacciner à cause de cette communication autour des vaccins.”

Les journalistes doivent savoir comment choisir les meilleures sources d’information sur le COVID-19, et demander des comptes aux politiques et autorités de santé concernant le type d’information qu’ils diffusent, dit Jimoh. Il ajoute qu’au Nigeria, les déclarations erronées de politiciens mal informés sur le virus ont causé des dégâts irréparables.

“On doit considérer qui comprend le COVID. Quand on demande des comptes au gouvernement, on doit aussi demander des comptes à la communauté scientifique,” dit Jimoh. “Dans beaucoup de pays, les politiques ont été les premier·e·s à s’exprimer sur le COVID, comme l’ancien président des États-Unis.

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Les discours de politicien·ne·s mal informés sur le COVID-19 ont causé beaucoup de dégâts au Nigéria, selon Akin Jimoh de Nature Africa.

Jimoh ajoute que les médias de son pays avaient fait du bon travail lors de l’émergence du VIH dans les années 1990, alors qu’ils s’agissait là encore d’un virus inconnu, et que beaucoup d’informations fausses circulaient au sujet de remèdes supposés, y compris de la part d’institutions scientifiques et gouvernementales.

”Les médias avaient affronté les institutions, ils avaient demandé des comptes à la communauté scientifique, au ministère de la santé,” explique Jimoh. “Quand le VIH est apparu, il n’y avait pas de réseaux sociaux. Nous nous sommes débrouillés avec les sources disponibles, nous avons consulté les revues scientifiques pour rédiger nos sujets.”

Malgré la confusion et la mésinformation autour de ce sujet, les journalistes doivent comprendre qu’il existe bel et bien un problème de distribution des vaccins et de logistique pour les administrer, et doivent aussi demander des comptes aux institutions publiques à ce sujet.

“Je pense que parmi tous ces sujets, la désinformation, l’exagération des médias qui font la chasse aux clicks, il me semble que les questions de pénurie de vaccins sont toujours d’actualité, et parfois avec des conséquences désastreuses,” dit Maxmen. “Par exemple, au Nigéria où 2% de la population sont complètement vaccinés, ce n’est pas parce qu’il y a assez de vaccins pour que tout le monde reçoive deux doses et un rappel et que personne n’en veut. La logistique est défaillante, mais il y a aussi un manque criant de stock.”

Maxmen avance que les médias devraient demander aux gouvernements pourquoi une quantité insuffisante de vaccins est fabriquée pour les pays en voie de développement.

Michaud ajoute que, si en 2021 la couverture journalistique s’est concentrée sur la pénurie de vaccins, en 2022 le message pourrait changer. On s’attend à ce que de nouveaux vaccins soient disponibles, et la demande va aussi croître à cause de l’apparition de nouveaux variants.

“C’est un défi complexe, car nous devons être attentifs aux aspects de distribution, et aux défis soulevés par les autres intervenant·e·s, l’hésitation [vaccinnale] et la mésinformation, dit-il.

Harris souligne le travail de l’OMS, non seulement pour distribuer les vaccins, mais aussi pour fournir d’autres équipements nécessaires pour combattre la maladie, tels que tests, équipements de protection, et oxygène. Elle mentionne également la force du système de distribution de l’UNICEF pour améliorer la logistique du système COVAX (COVID-19 Vaccines Global Access), une alliance internationale pour soutenir le développement, la fabrication, et la distribution des vaccins contre le COVID-19, créée en avril 2020 par l’OMS, la Commission Européenne et le gouvernement français.

“La situation s’est améliorée, mais nous ne pouvons pas nous permettre de relâcher nos efforts. Maintenant que les stocks sont disponibles, nous devons nous assurer les pays soient informés en amont et soient bien préparés pour utiliser chaque dose reçue,” déclare Harris.

Selon la porte-parole COVID-19 de l’OMS, le système de distribution bien rôdé de l’UNICEF a permis d’améliorer la livraison des vaccins du système COVAX. (Photo: UNICEF Facebook)